Voilà un petit article qui fait du bruit ... et qui m’oblige à m’éloigner un instant des cartes de sailance du cerveau. A travers les médias, le message se répercute dans sa version affirmative : l’utilisation des smartphones modifie le fonctionnement du cerveau. Mais le point d’interrogation est essentiel : la question reste entière.
A vrai dire, nous ne savons pas, déjà et à ma connaissance, si les smartphones modifient le cerveau. L’invention de l’écriture a amené la spécialisation d’une région du cortex visuel pour la reconnaissance des caractères écrits, mais cette évolution a pris de nombreux siècles. Il n’existe pas - à ma connaissance - de région du ‘smartphone’ dans le cerveau : cette innovation technologique n’a pas - encore ? - provoqué de changement structurel dans le système nerveux.
Ce que dit cet article, en s’appuyant sur une étude récente parue dans la très sérieuse revue Neuron , c’est que la quête d’information est en partie motivée par le circuit de récompense du cerveau. Y-a-t’il dès lors une addiction aux smartphones ? A première vue, ce n’est pas impossible, car en allumant mon portable pour accéder à mes mails, je nourris cette soif d’information et je stimule ce circuit. Mais mon circuit de récompense réagit également lorsque je bois pour apaiser ma soif, ou lorsque je mange pour apaiser ma faim. Pourtant, je ne suis pas ‘accro’ à la boisson ou à la nourriture. Tout est donc affaire de degré.
Nous avons à l’avant du cerveau - dans le lobe frontal - un ensemble de structures chargées de guider notre comportement en fonction d’objectifs à moyen ou à long terme. En écrivant ce billet, je ne ressens pas une sensation de bien-être immédiat. La gratification que j’en retire n’est pas concrète et à court terme, mais abtraite et lointaine : j’ai le plaisir de fournir des informations qui peut-être serviront à certains. Ce lobe frontal est là pour éviter les phénomènes d’addiction, en redirigeant l’attention au-delà des pulsions de l’instant. L’addiction aux smartphones ne concernent donc que ceux dont le lobe frontal ne fait pas son travail.
Les smartphones ne modifient donc pas forcément le cerveau, par contre, celui-ci doit adapter son mode de fonctionnement pour ne pas se perdre face à un déluge de sollicitation. C’est l’autre point de l’article. J’avance l’idée que ces nouvelles technologies provoquent une juxtaposition des contextes : je suis à la fois à la terrase d’un café avec un ami, et au bureau avec mes collègues, et devant un cinéma montrant des bandes-annonces, et devant un kiosque à journaux, etc. Chaque contexte s’accompagne d’un ensemble d’informations et surtout de propositions d’action qu’il va me falloir hiérarchiser. La seule réponse à ces innombrables sollicitation est de développer un mode de sélection efficace pour ne choisir que les actions et les informations les plus pertinentes, et cette sélection s’appelle ... l’attention.
Donc oui à l’utilisation des smartphones, bien sûr, à condition de prendre soin de son attention. Cela passe peut être par un projet d’éducation de l’attention, ou au moins de sensibilisation (qu’est-ce que l’attention ? comment çà marche ? quelles sont ses limites ?) notamment en milieu scolaire.
A bientôt
Référence : Bromberg-Martin ES, Hikosaka O: Midbrain dopamine neurons signal preference for advance information about upcoming rewards. Neuron 2009, 63(1):119-126.